ACCIDENTOLOGIE 2018 : DE LA PRISE DE RISQUES INUTILES AUX RÉSEAUX SOCIAUX

Comme chaque année, Le BEA vient de livrer son Rapport sur la Sécurité Aérienne 2018. (https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/sites/default/files/rapport_securite_aerienne_2018.pdf)

A travers cette somme d’analyses et de statistiques, et sans en faire un résumé exhaustif,  il apparait en premier lieu qu’au niveau mondial, l’année 2017, qui fut exceptionnelle au titre de la sécurité aérienne mondiale, ne s’est pas totalement reproduite en 2018.

En ce qui concerne le pavillon français, la flotte globale, tous aéronefs confondus était à fin 2018 de 24 600 machines, dont 8795 disposant d’un CDN valide; 7755 en aviation générale et 1040 exploités en transport commercial). La flotte ULM, avec Carte d’identification valide représentant 15 805 machines.

Pour l’Aviation commerciale, le BEA ne recense pour 2018 que 2 accidents, non mortels.

Le bilan 2018 est bien différent en Aviation Générale/Travail aérien. Il ne s’agit pas d’une bonne année, le BEA indiquant avoir eu connaissance pour 2018 de 251 accidents d’aviation générale ou travail aérien ayant impliqué des machines  immatriculées en France, indiquant une fréquence en hausse de 25% par rapport au bilan 2017.

Mais le chiffre qui interpelle sur ce total, c’est celui de la morbidité. En effet, 48 accidents ont étés mortels, un chiffre en augmentation de 71% comparé aux 28 accidents mortels recensés en 2017.

Ces accidents de 2018 ont entrainé la disparition de 72 personnes à bord ou au sol, soit 80% de plus qu’en 2017, année au cours de laquelle 40 tués avaient été dénombrés.

Pilotes, exploitants, mais bien évidemment assureurs, personne ne peut rester indiférent.

La répartition des accidents concerne avions (33%) et ULM (50%) essentiellement. La typologie des causes, sans faire de généralité, semble à peu près conforme aux années précédentes.

Toutefois, le BEA fait état d’une fréquence importante d’accidents mortels dus à la « perte de contrôle en vol » (20%),  le « vol à basse altitude » (7%), sur une durée allant de 2009 à 2018.

Ces pertes de contrôle, en vol ou près du sol, amènent le BEA à s’interroger (nous interroger !) 

D’une part, la question renvoie à l’état des connaissances du pilote, et, au-delà, à ses capacités à comprendre et anticiper les situations à risque. Ainsi, outre les vols à faible hauteur au-dessus de la piste, les particularités du domaine de vol des aéronefs constituent une composante du danger, potentiellement complexes à appréhender par le pilote en particulier dans le contexte de manœuvres   improvisées ou non maîtrisées, ou en situation de stress. 

D’autre part, la conscience du risque peut être altérée de manière ponctuelle ou chronique, par exemple en raison d’une dégradation de l’état de santé, de l’état de fatigue ou des effets de substances psychoactives (drogues illicites, médicaments, alcool). 

Par ailleurs, dans plus de la moitié des 120 accidents répertoriés, le site survolé (aérodrome, habitation, rassemblement de personnes) laisse supposer qu’une forme de démonstration vis-à-vis de tiers au sol pouvait être recherchée. Dans plus de 20 cas, la présence au sol d’un public précis, notamment de proches du pilote, est confirmée. Il est possible d’imaginer que cette forme de démonstration s’exerce parfois à l’égard des passagers, voire sous leur pression. En effet, dans près de 70% des cas répertoriés sur la période 2004-2018 le pilote était accompagné d’au moins un passager. Ces dernières années, le comportement démonstratif s’est aussi exprimé de manière croissante à travers l’utilisation d’appareils de prise de vue (smartphones et caméras compactes) permettant la diffusion ou le partage des images sur Internet et notamment les réseaux sociaux. 

La dernière piste de réflexion proposée par le BEA est celle de la « recherche de sensations ». Certaines manœuvres dangereuses entreprises par des pilotes d’aviation légère et de loisir peuvent être le moyen pour eux de satisfaire, de manière répétée ou ponctuelle, un besoin de vécu exploratoire en contraste avec une vie privée ou professionnelle toujours plus tournée vers la sécurité

Ainsi, le changement des modes de vie, de communication, l’intrusion des réseaux sociaux et l’exigence de satisfactions immédiates ou de reconnaissance sont-ils compatibles avec la pratique  d’une activité aéronautique sereine et en toute sécurité ?